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Quand rien ne va

Préambule
Il y a des jours en cuisine où tout semble simple. Et puis il y a ceux où, sans vraiment comprendre pourquoi, chaque geste devient plus difficile que le précédent.
Cette histoire commence avec de l’enthousiasme et de l’envie. Elle passe par la panique, la frustration, les larmes, et une succession d’échecs qui m’ont rappelé à quel point la pâtisserie est aussi une affaire d’émotions.
C’est l’histoire d’une journée où rien n’a fonctionné comme prévu, d’un dessert né dans le chaos…et sauvé par un peu de douceur.
Septembre. Je rentre de trois semaines de vacances, reposée, apaisée… mais avec ce petit blues de la rentrée que je connais bien : moins de temps, moins de chaleur, moins d’occasions de pâtisser. Alors pour adoucir le retour à la réalité, je m’organise quelques dîners à la maison. L’excuse parfaite pour voir mes proches et leur préparer de beaux desserts.
Un couple d’amis est partant. Ce sera le samedi, pour avoir la journée pour pâtisser.
Et avant même de penser au menu, je réfléchis déjà au dessert 😁. Je veux quelque chose de différent, de gourmand, et chocolaté (mes invités sont team chocolat 🍫). Je vois une tarte en pâte à cookie sur les réseaux, ça m’inspire : ce sera une tarte autour du chocolat et de la noisette, avec une pâte à cookie (pâte à cookie, ganache chocolat, ganache montée noisette, et décors en chocolat) !
Je m’organise pour faire quelques préparations le vendredi, et le reste le samedi. Tout me semble clair et simple.
En théorie.
Le vendredi ne se passe pas tout à fait comme prévu, et je termine le travail un peu plus tard. Rien de dramatique, mais je dois juste faire un peu plus vite que prévu. Car l’heure tourne déjà.
- Ganache au chocolat et pâte à cookie : Je lance en parallèle ma ganache au chocolat (déjà faite des centaines de fois) et la pâte à cookie. Quand je termine ma pâte à cookie, je me rends compte que la ganache, qui chauffait doucement dans son coin, n’a pas l’aspect habituel. J’observe. Je doute. Je bloque un moment. Il est tard, pas le temps de recommencer. Je me dis que ça ira mieux demain, et je la mets au frais.
- Ganache montée noisette : Je passe à la ganache montée noisette. Petites quantités, calculs minimalistes, grandes casseroles pour presque rien. Je m’agace. Je fatigue. Je termine tant bien que mal et j’arrête pour la soirée, pensant que le plus gros est fait.
Demain, il faudra juste : cuire la pâte à cookie, terminer la ganache montée noisette, et dresser le tout !
Samedi matin, j’ouvre le frigo.
Je comprends tout de suite que la ganache au chocolat est ratée. La texture est cassée, difficilement récupérable.
Je souffle. Pas le temps de réfléchir. Il faut avancer, je verrai plus tard.
Je lance la cuisson de mes 4 fonds de tartelettes en pâte à cookie, je salive déjà.
Mais à la sortie du four, tout s’effondre. La pâte accroche, se brise, s’émiette. Une seule tartelette tient à peu près. Les trois autres partent en morceaux.
Je sens la panique arriver.
Je n’ai pas de ganache au chocolat, pas de fond de tarte. Rien de concret. Et l’heure tourne.
Je réfléchis, vite, vite.
Un plan B, il me faut un plan B 💡.
.Je change totalement d’idée de dessert, et en guise de plan B, je lance un fonkie (pâte à cookie + fondant au chocolat) avec ce qu’il me reste de pâte à cookie, et je fais un fondant au chocolat rapidement.
Je n’abandonne pas complètement mon plan A au cas où, et pendant que mon fonkie cuit, je prépare des décors en chocolat, et je lance la suite de la ganache montée noisette.
Tout en même temps. Parce que l’heure tourne.
Je cours d’un bol à l’autre. D’une casserole à l’autre.
Rien ne marche.
👉 La ganache montée noisette graine.
👉Les décors en chocolat cassent au démoulage.
👉J’en oublie mon fonkie plan B au four, et il sort trop cuit.
La pression monte dans la poitrine. Je n’ai plus de plan B. Je n’ai pas d’idée de plan C.
Nouveau virage à 180°C : je reviens à mon plan A et aux tartelettes abîmées.
Peut-être qu’une chantilly pourrait sauver le tout ? Elle remplacerait la ganache montée noisette, et c’est rapide à faire.
Je regarde l’heure. Je calcule. Je recalcule. Je m’embrouille. Je vais plus vite. Toujours plus vite.
Je monte la crème. Elle ne prend pas.
Je recommence. Elle tranche.
Je recommence. Encore.
Je recommence. Encore raté.
Le plan de travail se remplit :
❌Ganache chocolat ratée.
❌Tartelettes cassées.
❌Ganache montée noisette grainée.
❌Chantillys ratées.
❌Dessert plan B trop cuit
Bol après bol. Préparation après préparation.
Et plus le temps passe, plus j’accélère, plus je rate.
À 15h, je m’arrête.
Je regarde autour de moi.
Depuis 8h je m’agite. Je cours. Je fouette. Je recommence.
Et je n’ai rien. Rien de présentable. Rien de fini. J’ai utilisé toute ma crème, et ai épuisé toute ma motivation.
La déception me submerge. Les larmes montent. Je n’ai plus d’énergie… Plus de solution. Juste ce sentiment d’échec qui me tord le ventre, et la honte d’être une mauvaise pâtissière.
Je pose tout. Je sors. J’ai besoin d’air.
Je marche. Je respire. J’achète de la crème et de la mascarpone. L’heure continue de tourner, mais mon rythme ralentit. Un peu.
L’idée au départ, n’était-elle pas juste de passer du bon temps avec des amis ?
Je rentre. Je recommence. Mais plus doucement.
Je prépare une chantilly mascarpone. Avec la mascarpone normalement, elle est moins fragile.
Elle monte. Enfin 🤩
Je prépare une ganache noisette sans rien faire d’autre à côté. Je la mélange avec soin et ne la quitte pas des yeux. Elle tient.
Je rassemble les morceaux de tartelettes. Je bricole. Je recolle. Je camoufle. Je dresse.
Ce n’est pas ce que j’avais imaginé.
Mais le dessert existe.
Il est bon.
Il est là.
J’ajoute les décors en chocolat. Je prends du recul. Ce n’est pas parfait. Mais c’est présentable. Et surtout, c’est (à peu près) sauvé.
Moralité
On croit souvent que la pâtisserie n’est qu’une question de précision et de technique. Mais parfois, elle naît aussi d’un état d’esprit. Cette journée-là, j’ai voulu aller trop vite, faire trop de choses en même temps, tout presser. Même si les gestes semblent identiques, ils ne le sont jamais vraiment. J’en ai oublié la finalité.
Et la pâtisserie m’a doucement rappelé qu’elle demande autre chose : du temps, de la patience, de l’attention… et beaucoup d’amour.
Parce qu’en pâtisserie, plus encore qu’ailleurs, ce qu’on donne finit toujours par se voir…
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